jeudi 22 janvier 2026

Un arbre décoratif en janvier

 


Hélas, je ne saurais dire le nom de cet arbre qui, tel un artiste discret, s’est paré pour l’hiver d’une multitude de petites boulettes dorées, accrochées aux branches comme des perles oubliées par la saison. En ce mois de janvier, où la nature semble se reposer sous un ciel pâle et apaisé, ses rameaux dénudés de feuilles offrent un spectacle à la fois sobre et généreux. Chaque fruit, minuscule et tenace, résiste au vent et au froid, transformant l’arbre en une silhouette à la fois fragile et résiliente, un peu comme ces souvenirs d’enfance qui, malgré le temps, restent suspendus à notre mémoire.

Ces boulettes, peut-être des fruits secs ou des graines en attente, évoquent les prunes de mon propre jardin, ces trésors que je récolte chaque été pour en faire des tartes parfumées. Elles rappellent aussi les cyclamens qui, chaque automne, percent la terre de mon espace vert, apportant une touche de couleur et de vie quand tout semble s’endormir. Il y a dans cette persistance une forme de poésie : la nature, même en apparence au repos, prépare déjà les promesses du printemps.

Je me surprends à imaginer les histoires que cet arbre pourrait raconter. A-t-il vu, comme moi, des générations d’enfants jouer sous ses branches, s’essayer à des acrobaties maladroites, comme je le faisais autrefois avec mon ami Jeannot dans le parc près de chez moi ? A-t-il entendu, comme un témoin silencieux, les rires et les défis lancés entre deux barres fixes, quand la jeunesse nous rendait invincibles ?

Son port élancé, ses branches entrelacées comme des doigts noueux, me font aussi penser aux vieux poiriers de mon verger, qui, malgré les canicules successives, continuent de se battre pour offrir, année après année, leurs fruits timides. Et puis, il y a cette lumière d’hiver, douce et oblique, qui traverse les interstices de son feuillage absent, dessinant sur le sol des ombres mouvantes, comme les mots que j’aime assembler pour écrire des textes accessibles, agréables à lire.

Peut-être est-ce  une espèce méditerranéenne ? Peu importe, au fond. Ce qui compte, c’est la beauté de l’instant, la façon dont il capture notre regard et nous invite à la contemplation. Comme une photographie, il fixe un moment éphémère, une trace de la réalité qui, sans cela, s’effacerait avec le temps. Une image à garder, comme celles que j’ai apprises à développer dans l’obscurité d’un laboratoire, ou celles que j’ai immortalisées pour illustrer mes articles


Et si cet arbre était une métaphore ? Une leçon de patience, de résistance, et de cette capacité à offrir, même en apparence démuni, une forme de grâce ? 



mercredi 21 janvier 2026

Les palmiers de la plage

 


Ces palmiers, alignés comme des gardes d’honneur le long de la plage du Barcarès, ne sont pas nés de ce sable. Ils n’ont pas grandi là, bercés par le souffle marin, mais ont été plantés par des mains humaines, un peu penchés, comme si le vent les avait sculptés au fil des ans. Leur inclinaison, presque théâtrale, donne l’illusion d’une résistance acharnée aux bourrasques, alors qu’elle n’est que le fruit d’un calcul esthétique. On dirait qu’ils veillent, immobiles, sur les promeneurs et les rêves de vacances, tout en rappelant discrètement que la nature, ici, est souvent une mise en scène.


Pourtant, malgré leur allure majestueuse, une pancarte discrète rappelle qu’il est interdit d’y grimper. Mais les touristes, emportés par l’insouciance des congés, oublient parfois les règles. Certains s’y aventurent, attirés par l’idée d’une photo originale ou d’un défi à relever, comme si ces arbres, transplantés et domestiqués, leur appartenaient. L’esprit de contradiction est une spécialité estivale : ce qui est interdit devient soudainement irrésistible, et les palmiers, malgré leur rigidité, se retrouvent malgré eux complices de ces petits actes de rébellion.



Ceux qui aimez observer les détails et les contradictions des paysages, ont sans doute remarqué ces traces de pas dans le sable, au pied des troncs, ou ces marques de doigts sur les stipes lisses. Peut-être même auriez-vous saisi l’instant où un enfant, sous l’œil amusé ou complice de ses parents, tente de s’élever le long du tronc, avant de redescendre, un peu honteux mais fier d’avoir bravé l’interdit. Ces scènes, éphémères et répétées, font partie du folklore balnéaire, tout comme les coquillages échoués ou les cris des mouettes.


Et puis, il y a cette ironie : ces palmiers, plantés pour embellir la plage et donner une touche exotique au paysage, deviennent malgré eux les témoins silencieux des excès et des libertés de l’été. Ils résistent, eux, sans broncher, aux assauts du vent et des touristes, comme pour rappeler que même dans un décor artificiel, la nature garde toujours une forme de dignité.

Si vous deviez les photographier, ce serait probablement à contre-jour, pour capturer leur silhouette découpée dans la lumière, avec, en arrière-plan, l’agitation joyeuse et désordonnée de la plage. Une façon de fixer cette contradiction entre l’ordre imposé et la liberté revendiquée, entre le décor et ceux qui s’y invitent.


 

mardi 20 janvier 2026

Empreintes sur le sable

 


Sur le sable fin de la plage du Barcarès, chaque pas, chaque roue laisse une empreinte fugace, comme une signature trahie par le vent ou effacée par la marée suivante. Les promeneurs, les vélos, les poussettes, et même les 4x4 autorisés à circuler sur certaines zones, tracent des lignes brisées, des courbes hésitantes, ou des sillons parallèles qui s’entrecroisent sans logique apparente. Ces dessins improvisés, tantôt légers comme une plume, tantôt profonds comme un sillon labouré, ne cherchent pas à s’accorder avec l’ordre naturel de la laisse de mer.


Là, juste à la limite où les vagues viennent mourir, s’étale une frontière fragile entre la terre et l’eau : un collier de petits graviers polis par les années, de coquillages aux formes tourmentées, et d’algues brunes ou vertes, déchirées par les courants. Chaque objet échoué raconte une histoire, la coquille Saint-Jacques, blanchie par le soleil, évoque les fonds marins lointains ; les galets, lisses et froids sous les doigts, murmurent les tempêtes passées ; les lambeaux d’algues, encore humides, exhalent une odeur d’iode qui se mêle à l’air salin. C’est une mosaïque vivante, sans cesse recomposée par le jeu incessant des vagues, qui dépose, retire, et redépose ses trésors au gré des marées.

Parfois, au petit matin ou au crépuscule, quand la lumière rasante allonge les ombres et dore les reliefs, ces deux mondes, celui des traces humaines et celui des dépôts marins, semblent presque se répondre. Les empreintes des promeneurs, creusées dans le sable humide, captent l’eau comme des moules, reflétant le ciel ou les nuages. Les algues, en séchant, dessinent des arabesques sombres qui contrastent avec les lignes claires des pas. Un photographe attentif pourrait y voir une toile abstraite, une œuvre éphémère offerte par la nature et les hommes, où chaque élément, aussi modeste soit-il, trouve sa place dans un équilibre précaire.



Et puis, il y a ces instants où tout semble s’arrêter : le vent tombe, les promeneurs se font rares, et la plage, un instant, retrouve son calme originel. Les traces s’estompent, les coquillages s’enfoncent doucement dans le sable, et la laisse de mer, comme une signature discrète, rappelle que la véritable artiste, ici, reste la mer.