Hélas, je ne saurais dire le nom de cet arbre qui, tel un artiste discret, s’est paré pour l’hiver d’une multitude de petites boulettes dorées, accrochées aux branches comme des perles oubliées par la saison. En ce mois de janvier, où la nature semble se reposer sous un ciel pâle et apaisé, ses rameaux dénudés de feuilles offrent un spectacle à la fois sobre et généreux. Chaque fruit, minuscule et tenace, résiste au vent et au froid, transformant l’arbre en une silhouette à la fois fragile et résiliente, un peu comme ces souvenirs d’enfance qui, malgré le temps, restent suspendus à notre mémoire.
Ces boulettes, peut-être des fruits secs ou des graines en attente, évoquent les prunes de mon propre jardin, ces trésors que je récolte chaque été pour en faire des tartes parfumées. Elles rappellent aussi les cyclamens qui, chaque automne, percent la terre de mon espace vert, apportant une touche de couleur et de vie quand tout semble s’endormir. Il y a dans cette persistance une forme de poésie : la nature, même en apparence au repos, prépare déjà les promesses du printemps.
Je me surprends à imaginer les histoires que cet arbre pourrait raconter. A-t-il vu, comme moi, des générations d’enfants jouer sous ses branches, s’essayer à des acrobaties maladroites, comme je le faisais autrefois avec mon ami Jeannot dans le parc près de chez moi ? A-t-il entendu, comme un témoin silencieux, les rires et les défis lancés entre deux barres fixes, quand la jeunesse nous rendait invincibles ?
Son port élancé, ses branches entrelacées comme des doigts noueux, me font aussi penser aux vieux poiriers de mon verger, qui, malgré les canicules successives, continuent de se battre pour offrir, année après année, leurs fruits timides. Et puis, il y a cette lumière d’hiver, douce et oblique, qui traverse les interstices de son feuillage absent, dessinant sur le sol des ombres mouvantes, comme les mots que j’aime assembler pour écrire des textes accessibles, agréables à lire.
Peut-être est-ce une espèce méditerranéenne ? Peu importe, au fond. Ce qui compte, c’est la beauté de l’instant, la façon dont il capture notre regard et nous invite à la contemplation. Comme une photographie, il fixe un moment éphémère, une trace de la réalité qui, sans cela, s’effacerait avec le temps. Une image à garder, comme celles que j’ai apprises à développer dans l’obscurité d’un laboratoire, ou celles que j’ai immortalisées pour illustrer mes articles
Et si cet arbre était une métaphore ? Une leçon de patience, de résistance, et de cette capacité à offrir, même en apparence démuni, une forme de grâce ?