mardi 20 janvier 2026

Empreintes sur le sable

 


Sur le sable fin de la plage du Barcarès, chaque pas, chaque roue laisse une empreinte fugace, comme une signature trahie par le vent ou effacée par la marée suivante. Les promeneurs, les vélos, les poussettes, et même les 4x4 autorisés à circuler sur certaines zones, tracent des lignes brisées, des courbes hésitantes, ou des sillons parallèles qui s’entrecroisent sans logique apparente. Ces dessins improvisés, tantôt légers comme une plume, tantôt profonds comme un sillon labouré, ne cherchent pas à s’accorder avec l’ordre naturel de la laisse de mer.


Là, juste à la limite où les vagues viennent mourir, s’étale une frontière fragile entre la terre et l’eau : un collier de petits graviers polis par les années, de coquillages aux formes tourmentées, et d’algues brunes ou vertes, déchirées par les courants. Chaque objet échoué raconte une histoire, la coquille Saint-Jacques, blanchie par le soleil, évoque les fonds marins lointains ; les galets, lisses et froids sous les doigts, murmurent les tempêtes passées ; les lambeaux d’algues, encore humides, exhalent une odeur d’iode qui se mêle à l’air salin. C’est une mosaïque vivante, sans cesse recomposée par le jeu incessant des vagues, qui dépose, retire, et redépose ses trésors au gré des marées.

Parfois, au petit matin ou au crépuscule, quand la lumière rasante allonge les ombres et dore les reliefs, ces deux mondes, celui des traces humaines et celui des dépôts marins, semblent presque se répondre. Les empreintes des promeneurs, creusées dans le sable humide, captent l’eau comme des moules, reflétant le ciel ou les nuages. Les algues, en séchant, dessinent des arabesques sombres qui contrastent avec les lignes claires des pas. Un photographe attentif pourrait y voir une toile abstraite, une œuvre éphémère offerte par la nature et les hommes, où chaque élément, aussi modeste soit-il, trouve sa place dans un équilibre précaire.



Et puis, il y a ces instants où tout semble s’arrêter : le vent tombe, les promeneurs se font rares, et la plage, un instant, retrouve son calme originel. Les traces s’estompent, les coquillages s’enfoncent doucement dans le sable, et la laisse de mer, comme une signature discrète, rappelle que la véritable artiste, ici, reste la mer. 



lundi 19 janvier 2026

Barcarès : marché de plein vent !

 

Trois fois par semaine, le cœur du village s’anime sous les couleurs du marché de plein vent. Les étals, alignés comme des soldats de bois et de toile, se déploient avant même que le soleil ne chasse les dernières ombres de la nuit. Heureusement, ici, la pluie se fait discrète, presque timide, et les gelées mordantes préfèrent épargner ces jours-là, comme si la nature elle-même respectait ce rendez-vous ancestral.

Les marchands, fidèles parmi les fidèles, sont toujours là, qu’importe la saison. Leurs visages burinés par les années, leurs mains expertes disposent fruits, fromages ou tissus avec une précision presque rituelle. 

Leurs voix, tantôt chantantes pour vanter une marchandise, tantôt graves pour négocier un prix, tissent une symphonie familière qui berce les lieux. Même en hiver, quand l’air pique et que les clients se font rares, ils persistent, comme pour honorer une promesse silencieuse faite à la terre et à ceux qui la cultivent.

Mais c’est l’été qui transforme vraiment la place. Dès les premiers beaux jours, les acheteurs affluent, attirés par les parfums de melons mûrs, de pain doré et d’herbes fraîches. Les paniers s’emplissent, les conversations fusent, les rires des enfants se mêlent aux éclats de voix des adultes. 

Les touristes, reconnaissables à leurs regards émerveillés et à leurs sacs encore vides, s’arrêtent devant chaque étal, comme s’ils craignaient de manquer une merveille. Les habitants, eux, savent où trouver la meilleure tomate ou le fromage le plus crémeux ; ils échangent des nouvelles, des recettes, des souvenirs, et parfois même des confidences, comme si le marché était aussi un lieu de thérapie collective.

Et puis, il y a ces petits riens qui font toute la magie : le craquement d’un emballage en papier kraft, le tintement des pièces dans une caisse en métal, le froissement des feuilles de salade sous les doigts d’une vieille dame qui choisit avec soin. Même les mouettes, venues de la mer toute proche, tournent au-dessus des têtes, espérant chaparder un morceau de poisson ou un bout de pain.



Quand vient l’heure de plier les étals, la place semble retenir un souffle, comme si elle gardait en mémoire les éclats de vie du jour. Les marchands repartent, certains le pas léger, d’autres un peu courbaturés, mais tous avec la satisfaction d’avoir, une fois encore, fait vivre ce lieu où se croisent les saisons, les générations et les histoires. 



samedi 17 janvier 2026

Pauvre palmier !

 

Le vent murmure un chant de désarroi,

Tandis que ton tronc saigne sous l’assaut :

Les larves, armures de la nuit et du froid,

Dévorent ton âme en un festin si haut.


Tes palmes, jadis bannières de lumière,

Ne sont plus qu’un linceul troué de vide ;

Leur festin impie, leur rage première,

A scellé ton sort, silencieux suicide.


Tu fus l’ombre amicale aux midis brûlants,

Le havre où dansaient les reflets dorés ;

Maintenant, tu plies sous leurs dents mordantes;


Comme un vieux roi trahi par ses soldats sacrés.

Demain, ton spectre hantera ce rivage,

Où le sable gardera ton dernier message. 


Si vous désirez découvrir des photos

de la mer en janvier, suivez ce lien :

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